Affaire DE LA « SEXTAPE »

En août 2022, le journal Mediapart a révélé que Gaël Perdriau, maire de Saint-Étienne depuis 2014, aurait orchestré un chantage à la sextape.

Cette vidéo, tournée en janvier 2015 à l’insu de Gilles Artigues, ancien premier adjoint et principal adversaire politique, le montrait dans une situation intime avec un escort boy et aurait servi à obtenir sa neutralité politique entre 2015 et 2022.

Il aurait ainsi renoncé à se présenter aux élections législatives de 2017 et de 2022, à dénoncer la réduction de la liste UDI à quatre noms aux municipales, à envisager un rapprochement politique avec le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, à soutenir un proche lors des élections départementales de 2021, puis à conserver ses fonctions de premier adjoint.

Plusieurs proches de Gaël Perdriau auraient participé à cette opération dont Pierre Gauttieri, son directeur de cabinet jusqu’en 2022, Samy Kefi, conseiller régional et ancien adjoint à l’éducation de Saint-Etienne, ainsi que Gilles Rossary-Lenglet, conseiller politique de l’ombre de Gaël Perdriau, proche de Pierre Gauttieri et de Samy Kefi.

Or, l’enquête révèle qu’en 2014 et 2015, deux associations stéphanoises, l’association France-Lettonie et l’association Artistes de la Galerie Art Pluriel (AGAP), auraient perçu 40 000 euros de subventions publiques (20 000€ chacune) dont l’intégralité des montants aurait été reversé à M. Rossary-Lenglet.

Les dirigeants des deux associations auraient été directement guidés par M. Rossary-Lenglet qui leur aurait suggéré de déposer la demande de subvention en assurant que cette dernière serait accordée.

Après quoi les subventions auraient été octroyées dans un délai particulièrement court, deux et trois mois, alors même que la durée moyenne d’instruction d’un dossier de demande de subventions est de six mois.

En outre, jusqu’alors, aucune association stéphanoise âgée de moins d’un an n’avait bénéficié d’un tel soutien financier. Or, l’association AGAP aurait présenté sa demande moins de trois mois après sa création.

Enfin, les fonds de ces subventions auraient été directement prélevés sur la réserve du maire, attribuée de manière discrétionnaire.

Une subvention issue de cette réserve doit être instruite par le service compétent puis soumise au vote du Conseil municipal.

Or, les adjoints en charge de la culture et des relations internationales n’auraient pas été informés de ces deux dossiers.

L’association France-Lettonie n’a pas été en mesure de justifier précisément l’utilisation des fonds perçus. Ces derniers auraient été entièrement utilisés pour rémunérer M. Rossary-Lenglet, et ce, en contradiction avec le projet présenté dans le dossier de demande de subvention.

L’association AGAP a, quant à elle, indiqué dans le cadre de la procédure ne pas avoir vérifié le travail réellement effectué par M. Rossary-Lenglet, alors que les missions, pour lesquelles il aurait été rémunéré, apparaissent sans lien avec l’objet de la subvention.

Ces subventions, dont les conditions d’octroi interrogent, auraient alors pu servir à rémunérer l’un des organisateurs du chantage.

Si ces faits sont avérés, ils pourraient recevoir la qualification pénale de détournement de fonds publics.

La procédure judiciaire : le 19 janvier 2023, Gaël Perdriau a été mis en examen pour chantage aggravé et placé sous le statut de témoin assisté pour détournement de fonds publics. La mise en examen a été étendue à l’association de malfaiteurs.

Le 6 juin 2025, le procureur de Lyon a requis le renvoi de l’affaire devant le tribunal correctionnel.

Le procès se tiendra à partir du 22 septembre devant le tribunal judiciaire de Lyon.

L’association Anticor s’est constituée partie civile et était présente à l’audience.

Le Ministère public a requis 5 ans d’emprisonnement dont 2 ans avec sursis, 50 000 € d’amende et 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire contre Gaël Perdriau.

Le délibéré sera rendu le 1er décembre 2025.

Fondement de l’action juridique d’Anticor : Détournement de fonds publics

Pourquoi Anticor a-t-elle décidé d’agir dans cette affaire ? Ces faits, s’ils sont avérés, relèvent d’une gestion mafieuse de la commune de Saint-Etienne, guidés par des politiques politiciennes, l’absence de morale et de sens de la probité.

L’utilisation d’argent public pour tenter de faire chanter un adversaire politique serait particulièrement scandaleuse : les impôts des Stéphanois ne peuvent en aucun cas financer de telles pratiques, d’autant que le taux de pauvreté à Saint-Étienne avoisine déjà les 26 %.

C’est pourquoi, l’association Anticor est présente à l’audience pour demander que la lumière soit faite sur ce point majeur : de l’argent public a-t-il servi à rémunérer les organisateurs de ce kompromat ?

En outre, le recours au chantage aurait visé à empêcher Gilles Artigues de se présenter à certaines élections, à l’écarter de tout soutien envers ses proches et à lui imposer des engagements de loyauté. Ces faits sont susceptibles de traduire un trucage du jeu démocratique qui aurait duré huit ans, et d’une gestion de la collectivité par la peur.

Enfin, malgré la gravité des accusations et les multiples appels à la démission, Gaël Perdriau s’est maintenu en fonction : une attitude qui traduit un profond mépris à l’égard des citoyens. Il revendique une légitimité démocratique, alors même qu’il aurait œuvré durant plusieurs années à la détourner.

Les premiers à en souffrir sont les citoyens : réduits au rôle de spectateurs face au dévoiement de la fonction d’élu, ils sont privés de tout pouvoir d’action.

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